Une nouvelle publication qui met en avant les idées d’Isabelle sur le travail de fleuriste, un bel article signé Viviane Eeman, la journaliste de “l’Eventail” magazine, un mensuel belge Lifestyle et décoration.

“Savoir-faire de haute précision”, L’Eventail, N1/2020.

Décoratrice spécialisée dans l’événementiel de luxe, la créatrice florale Isabelle Mantelet fait presqu’office d’exception dans un milieu qui compte très peu de femmes et n’a pas son pareil pour enchanter l’art floral.

-Quelle est votre signature florale ?

Je suis généreuse dans ce que je fais et très jardin, champêtre, romantique. J’ai besoin de m’imprégner de ce que les prestataires veulent et je reporte tout cela dans la création, le décor, le thème et les fleurs. Je pose beaucoup de questions et j’arrive à trouver une solution même quand c’est très compliqué et que le client ne sait pas exactement lui-même ce qu’il veut.

-Vous avez eu des collègues comme Eric Chauvin, le « prince » des fleuristes du monde de la mode. Que vous a-t-il apporté ?

J’ai commencé mon parcours chez Georges François.  Nous étions  26 dans une petite boutique, y compris Eric. Au niveau des décors, c’était efficace, mais au niveau du raffinement  ça a évolué depuis. C’est ce que j’ai appris chez Eric Chauvin en même temps que la souplesse, des qualités que j’ai retrouvées chez Martine Etard qui est aussi décoratrice dans l’événementiel et qui sont absolument essentielles. C’est tout simplement atteindre la perfection au niveau du savoir-faire.

-Parmi vos plus belles prestations lesquelles vous ont marquée ?

Chaque prestation est un événement en soi, du mariage à la décoration des boutiques Hermès ou un mur de fleurs pour un défilé Dior où l’on devait décorer 1000 mètres de panneaux en trois jours et trois nuits. J’ai aussi travaillé pour le cinéma dans le film « Marie-Antoinette » ou dans un autre avec Gad Elmaleh, un travail délicat car les fleurs supportent mal la chaleur. En revanche, celle qui m’a le plus émue, c’était toujours avec Eric Chauvin, la réalisation d’un centre de table qui représentait une statue de Cocteau dont la structure avait été réalisée par un artiste.  Il fallait de l’expression. Quand j’ai vu la scène dans son ensemble, j’ai eu les larmes aux yeux.

-Quelles sont les tendances actuelles pour les cérémonies de mariage ?

Actuellement, la tendance est toujours au champêtre chic qui se traduit avec des fleurs des champs et des bouquets ou des installations dans les tons pêche, crème, rose poudré. Parmi les fleurs que l’on utilise le plus souvent reviennent le Lisianthus avec ses fleurs pourpres, mais aussi bleues, roses, blanches ou même bicolores, le Phlox et le Limonium.  J’utilise aussi les graminées, surtout en hiver où il y a moins de fleurs et souvent je les revisite ou je les teinte ce qui répond à une autre grande tendance. J’essaie au maximum de travailler avec des producteurs locaux surtout ceux qui défendent leur métier.

-Si on ne devait retenir qu’une idée créative parmi celles qui ont établi votre réputation, quelle serait-elle ?

Une nouvelle idée inspirée par un sapin floqué et qui concerne les contenants pour lesquels on retombe toujours dans les mêmes poncifs de vases transparents, argentés ou dorés. Je voudrais proposer des contenants floqués qui peuvent aussi être colorés et pailletés, car personne ne le fait pour l’instant avec des feuillages pour la matière. Les premiers tests donnent un résultat qui a tout pour faire rêver.

-« Flowers on the road », c’est vous aussi. Comment vous adaptez-vous lorsque vous vous trouvez aux 4 coins d’Europe et du monde ?

Je fais un aller et retour avec Adelina mon associée dans notre marque commerciale « Things to Bloom », pour le repérage et l’inspiration. Ensuite nous définissons un thème et faisons une proposition que l’on peut visualiser virtuellement. Je m’appuie sur un bon fournisseur qui me livre partout dans le monde. Après c’est toute une logistique qui doit être parfaitement rodée pour fonctionner. Nous avons créé un mur de Bougainvillier sur une roche, un murs de fleurs sur une ruine à Prague, orné des escaliers, couvert des plafond de fleurs. C’est très diversifié comme métier.

-Pour quelles raisons avez-vous avez déserté Paris pour la Charité sur Loire ?

Je vais souvent à Paris pour travailler, mais revenir ici me permet de me ressourcer et de mieux choisir ce qui m’est indispensable. Mon magasin Broc & Fleurs par exemple est très touristique et ne dispose pas d’assez de place pour travailler donc je vais le fermer et ouvrir un atelier qui sera mieux adapté à mon métier et où je pourrai recevoir mes clients dans un espace plus grand qui sera un vrai show room.

-Comment projetez-vous votre métier dans les années futures ?

En tant que fleuristes, nous, n’avons pas d’agences d’intérim qui existent pourtant pour les autres métiers.  J’ai pour idée de faire appel aux fleuristes qui, comme moi, travaillent dans l’événementiel et de leur proposer des échanges, des interactions et du prêt du matériel en fonction des besoins de chacun. Ce serait une aide mutuelle qui se doublerait d’une solidarité avec les prestataires du coin. Le monde de l’événementiel est beau, mais sans pitié. Il n’y a pas d’horaires. On travaille jour et nuit et il faut avoir de la force pour décharger les camions comme multiplier les casquettes pour tout superviser. A 46 ans, j’aimerais travailler autrement et cette collectivité capable de s’entraider serait profitable à tous.

Savoir-Faire Haute Précision

 

Travail de haute précision